Jean-Luc Lagarce

  • Après une longue absence, Louis décide de rendre visite à sa famille, et d'annoncer aux siens sa mort prochaine. Sa mère, sa petite soeur, son frère et sa belle-soeur sont réunis pour sa venue. Mais les retrouvailles ne se font pas sans heurt : au fil de la conversation, les reproches affleurent, d' anciennes blessures se rouvrent ; à chaque instant, le conflit menace le fragile édifice familial.
    Toujours à la recherche du mot le plus juste, le langage pudique de Lagarce traduit notre difficulté à communiquer. Sa simplicité poétique confère à ce dimanche en famille la force d'un mythe moderne, et élève Juste la fin du monde au rang de classique.

    2 Autres éditions :

  • Ce n'est pas bien ou mal‚ ou rassurant encore. Ce n'est pas vrai‚ c'est ainsi‚ ce n'est pas vrai‚ on imagine et on s'arrange avec ce qu'on imagine‚ mais ce n'est pas vrai.

    Je ne sais pas‚ je ne crois pas‚ je ne mourrai pas de chagrin‚ je ne m'imagine déjà plus‚ il ne me semble pas‚ je ne m'imagine déjà plus mourir de chagrin.

    Pourquoi est-ce que je mentirais ?

    On voulait la tragédie‚ la belle famille tragique mais nous n'aurons pas cela‚ juste la mort d'un garçon dans une maison de filles.

    Tu peux sourire‚ rien d'autre.

    Ce texte fut le premier à participer à la reconnaissance de Jean-Luc Lagarce après sa disparition, tant sur la scène francophone que sur la scène internationale comme en témoignent plus d'une trentaine de traductions à travers le monde. En 2018, la Comédie-Française donne une nouvelle mise en scène de cette pièce qui, portée par un choeur de cinq femmes, fait écho à Juste la fin du monde.

  • J'aurais préféré ne rien voir. Je me souvenais suffisamment. Et rester là, comme une cousine pauvre...
    Ce que je voudrais que vous sachiez : je craignais de gêner par ma présence, vous ne m'avez jamais beaucoup aimée, Hélène et vous ; et lui, près de vous, il m'aime moins, je préfère ne pas le constater. Un peu exclue par avance, inopportune, là à m'extasier sans fin sur le jardin, l'air de la campagne -je ne vous ai pas dit ? Je n'aime pas beaucoup la campagne et nous ne souhaitons pas prendre votre place ; venir s'y reposer, le barbecue, la tondeuse à gazon pour l'herbe haute, nous ne sommes pas fatigués...

  • Nouvelle édition revue et augmentée.

    Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l'écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l'éclair, la dureté, en dire avec lucidité l'évidence. Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu'ils sont, la beauté et l'horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s'enfuient et cherchent à se détruire elles-mêmes, effrayées de leurs propres démons. Dire aux autres, s'avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l'arrêt entre deux êtres, l'instant exact de l'amour, la douceur infinie de l'apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l'oeuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d'enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude des corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l'épuisment après la terreur.

    Ce volume est composé d'articles et d'éditoriaux commandés à Jean-Luc Lagarce par les théâtres et des revues. Il est établi d'après l'ordre chronologique d'écriture des textes. La présente édition intègre les exergues aux éditoriaux écrits pour le Théâtre Granit tels qu'ils apparaissent dans le contexte original.

  • L'histoire sans histoire d'un homme dans la France de ces vingt dernières années, les rencontres, la famille, les amis, les amours rencontrées et vécues, le travail et les aventures. Le roman.
    On regarde, on imagine ce que sera sa vie, on croit la voir devant soi, et peu à peu, la vivant, on se retourne lentement sur soi-même, on observe le chemin parcouru, l'éloignement lent et certain qui nous mena là où nous sommes, aujourd'hui, du pays lointain d'où nous sommes partis.
    C'est le récit de l'échec, le récit de ce qu'on voulut être et qu'on ne fut pas, le récit de ce qu'on vit nous échapper. Et la douleur, oui. La douleur, mais encore, peut-être la sérénité de l'apaisement, le regard paisible porté sur soi-même.

  • Naître, ce n'est pas compliqué. Mourir, c'est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n'est pas nécessairement impossible. Il n'est question que de suivre les règles et d'appliquer les principes pour s'en accommoder, il suffit de savoir qu'en toutes circonstances, il existe une solution, un moyen de réagir et de se comporter, une explication aux problèmes, car la vie n'est qu'une longue suite d'infimes problèmes, qui, chacun, appelle et doit connaître une réponse.
    Appuyé sur le livre des convenances, des usages et des bonnes manières, faisant toujours référence, sans jamais rien laisser passer de sa propre nature intime, cette bête incontrôlable qui ne laisse parler que son coeur, c'est bien risible, faisant toujours référence et ne voulant pas en démordre, à la bienséance, l'étiquette, les recommandations, le bon assortiment des objets et des personnes, le ton et l'ordre, on se tiendra toujours bien, on sera comme il faut, on ne risquera rien, on n'aura jamais peur.

    Si l'on en croit la baronne, tout est simple sur terre, pour peu que l'on respecte les règles d'un savoir-vivre, où de la naissance à la mort, rien n'échappe aux canons du bon goût officiel.
    Le Monde Un implacable et fort drôle manuel de sauvetage, sinon de survie, au fil des rites qui régissent la vie, de la naissance à la mort.
    Le Nouvel Observateur Lagarce passe insensiblement de la chambre nuptiale à la chambre mortuaire et, partant, raconte l'histoire d'une vie réglée comme du papier à musique et qui, sous la partition tatillonne, pousse par mégarde les pions de sa mélodie.
    Libération.

  • Ne le promets pas. Ne promets pas de revenir vite‚ très vite !... Ne dis pas que je n'aurai pas le temps de te voir parti. Ne dis rien ! Ne me demande surtout pas de t'attendre‚ de regarder souvent sur la mer de l'autre côté des terrasses.
    Est-ce que je t'ai dit que j'avais peur ?

    Les vingt-quatre chants d'Homère deviennent chez Lagarce dix-huit scènes qui se libèrent du texte originel pour devenir geste original et écriture personnelle. Le fils, Télémaque, est sur le départ. Un choeur de personnages féminins - Calypso‚ Circé‚ Nausicaa et Pénélope‚ la mère - attend le retour d'un homme‚ Ulysse‚ après une longue absence. Dans Elles disent... l'Odyssée, nous retrouvons les thèmes majeurs de l'oeuvre lagarcienne : le départ‚ l'attente‚ le retour...

    Ce texte écrit en 1978, a été créé en janvier 1979 à l'Atelier du Marché, à Besançon, dans une mise en scène de l'auteur.

  • Après la représentation, on chante une fois encore, on joue de petits sketches idiots qui nous firent toujours rire - ceux-là qu'on préfère et que nous gardons pour nous - on danse un vieux numéro que nous avions appris pour une ancienne revue de pacotille, on se souvient du temps de notre gloire passée au kristall-palast de leipzig.
    On ricane, on imite, on hurle de rire et parfois, aussi, nous nous laissons aller à la nostalgie. demain, nous fuirons, mais, ce soir encore, nous faisons semblant puisque nous ne savons rien faire d'autre.

  • Erreur de construction [1977] Les mécanismes les plus simples de notre langage, répétés à l'infini, peuvent-ils être l'essence même d'une représentation théâtrale ?

    Carthage, encore [1977] Après la catastrophe, ils sont bloqués là et rêvent de partir, de s'en sortir, s'enfuir. Mais comme la solidarité n'est pas leur fort, ils n'arrivent pas à grand-chose.

    La Place de l'autre [1979] Lui est assis sur une chaise, Elle est debout. Seul jeu possible, mettre en oeuvre la meilleure stratégie pour prendre la place de l'autre.

    Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale [1980] Sur la route de l'exil, des gens qui possédaient tout et viennent peut-être de tout perdre, se racontent le long voyage de Madame Knipper fuyant la Capitale. Le leur, peut-être.

    Ici ou ailleurs [1981] Une femme qu'un homme quitte oublie son enfant. Un fils revient là où l'attend sa mère. Une actrice court les scènes sans jamais s'imposer. De ces vies éparses les responsables voudraient qu'« il » écrive l'histoire. Mais en est-il seulement capable ?

    Les Serviteurs [1981] À l'étage Monsieur et Madame ont peut-être disparu, mais chacun en bas assure son service et sa fonction.

    Noce [1982] C'est la noce. Les laissés-pour-compte, les oubliés de la fête veulent participer. Ils montent à l'assaut des mariés, ils font la révolution mais devront eux aussi inventer un nouveau monde.

    La Bonne de chez Ducatel [1977, inédit] Mme Ducatel, son fils et Pauline, la bonne. Pauline fait le ménage (ou bouquine) tandis que Mme Ducatel assassine son mari. Dans la maison d'à côté, c'est la même chose, sauf que la bonne est déléguée.

  • Vagues souvenirs de l'année de la peste [1982] Ils ont fui la peste de Londres. Ils campent ensemble par la force des choses et, ensemble, tentent difficilement de vivre ensemble dans la catastrophe.

    Hollywood [1983] Un soir‚ à Hollywood‚ lors d'une réception‚ des personnages fictifs ou réels racontent leur vie. Est-ce qu'ils ne pourraient pas jouer leur propre personnage‚ interpréter leur propre histoire ?


    Histoire d'amour (repérages) [1983] Deux hommes et une femme se retrouvent‚ ils vécurent une histoire d'amour. Le premier homme‚ le jour des retrouvailles‚ lit la pièce‚ le récit de leur histoire‚ telle qu'il veut s'en souvenir‚ telle qu'il l'imagine.

    Retour à la citadelle [1984] Le nouveau gouverneur arrive. Il vivait là‚ avant‚ et il n'était pas très bien considéré. Dans la capitale‚ il a réussi... Il retrouve sa famille‚ ses faux amis : sera-t-il revanchard ?

    Les Orphelins [1984] Lorsque le Père mourra‚ les trois fils réussiront-ils à se partager son héritage‚ sa maison et la femme qui est là et qui semble si indifférente ?

    De Saxe‚ roman [1985] Le jeune prince de Saxe avait tout quitté pour faire du théâtre avec deux aventuriers. Ils reviennent le chercher‚ perdu dans son palais et dans ses rêves.

    La Photographie [1986] C'est l'histoire de gens qui se sont perdus de vue‚ qui se retrouvent‚ et qui se souviennent qu'ils se connaissaient‚ « avant »‚ quelques années auparavant.

    L'Exercice de la raison [1985] Pièce sur le pouvoir qui deviendra en 1988 Les Prétendants. Dans cette première version, pas de « scène culturelle » mais un Gouverneur, un Directeur, des Adjoints, une Responsable, bien sûr des maris et des épouses et un Envoyé du Gouvernement.

  • J'écris principalement mon Journal dans les cafés. Je pars marcher et j'emporte mon cahier glissé sur le devant‚ sous le pull ou retenu par la ceinture du pantalon ou encore dans un sac. Il m'arrive de l'écrire très tard dans la nuit‚ jusque dans mon lit. Et je peux noter de petits événements avec plusieurs jours de retard‚ voire une semaine ou deux.

    Ce premier volume, qui commence avec l'entrée en théâtre de Jean-Luc Lagarce, s'achève sur son séjour à Berlin en 1990. Il présente les quinze premiers cahiers de son journal qui en compte vingt-trois. Les cahiers I à IX ont été résumés par Jean-Luc Lagarce sous le titre Itinéraire.

  • Je n'ai jamais interrompu mon Journal‚ j'y ai consacré machinalement beaucoup plus de temps encore‚ j'allais m'asseoir dans les cafés et je tenais mon petit registre et pour ne pas me noyer définitivement‚ j'ai tenté aussi de mettre au propre les cahiers précédents. Chaque jour‚ j'ai recopié calmement les années précédentes. Peut-être les choses reviendront-elles sans trop de violence, on se dit cela, je ne sais pas. On peut écrire sans écrire‚ tricher‚ mais aussi rester là en silence‚ inutile ou impuissant. Quelque texte essentiel se construit dans la tête sans plus aucun désir de le voir sur le papier‚ sans plus aucune force de le donner‚ ne serait-ce qu'à soi-même.

    Ce second volume, qui débute lors du séjour à Berlin de Jean-Luc Lagarce en 1990, présente les derniers cahiers, XVI à XXIII, de son journal.

  • Derniers remords avant l'oubli (1987). - L'action se passe en France, de nos jours, à la campagne, dans la maison qu'habite aujourd'hui Pierre et qu'habitèrent par le passé avec lui Hélène et Paul. Chacun a maintenant construit sa vie "avec femme et enfant". Il s'agit de se partager les biens, ce qui reste de l'utopie d'une jeunesse.

    Music-Hall (1988). - édition Les Solitaires Intempestifs, 1992.

    Les Prétendants(1989). - Tous les personnages qui composent la vie d'un centre culturel de province se retrouvent à l'occasion de la nomination d'un nouveau directeur. C'est l'occasion de mettre en place un "nouveau projet"...
    Commande Espace Besançon-Planoise, 1989. 17 personnages.

    Juste la fin du monde (1990). - Le fils retourne dans sa famille pour l'informer de sa mort prochaine. De cette visite qu'il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.
    Texte écrit lors d'un séjour à Berlin dans le cadre d'une bourse Léonard de Vinci. Cette pièce inédite, essentielle dans sa démarche d'écriture, Jean-Luc Lagarce l'a reprise presque intégralement dans le dernier tiers du Pays lointain. Elle forme une sorte de diptyque avec J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne.

    Histoire d'amour (derniers chapitres) (1991). - édition Les Solitaires Intempestifs, 1992.

  • Ce volume réunit trois récits de Jean-Luc Lagarce L'Apprentissage, Le Bain et Le Voyage à La Haye.

    C'était comme ce fut toujours, le souvenir aujourd'hui que j'en garde, ce fut, le souvenir que j'en garde, une nuit très douce, très belle, une nuit très douce et très belle et le lendemain encore, une longue journée à ne plus rien faire, dans le lit, dans la chambre, et le lendemain, une bonne et longue journée, dans le lit, dans la chambre et un long temps, un long temps encore, tous les deux, nos corps trop longs, enlacés, dans le bain.

  • Comme tous les soirs, dans cette ville-là comme dans toutes les autres villes - vingt ou trente années ? trente années...- La Fille jouera sa petite histoire, prendra des mines, habile à prendre des mines, fredonnera chansonnette et esquissera pas de danse. Comme tous les soirs, dans cette ville-là comme dans toutes les autres villes, elle racontera la journée terrible qui s'achève, la journée pénible qui s'achève, récit des diverses humiliations et aléas divers.
    Comme tous les soirs, les deux boys, épuisés, fatigués, rêvant de s'enfuir, s'enfuyant, les deux boys feront mine, habiles à faire des mines, les deux boys l'accompagneront, tricheront avec elle, feront semblant.

  • Adaptation de François Berreur, d'après le Journal de Jean-Luc Lagarce.

    À travers la relation très particulière que Jean-Luc Lagarce entretient avec son journal se dessine le portrait d'un homme qui consacre sa vie au théâtre et se projette dans l'éternité de l'oeuvre, apostrophant au-delà de sa disparition le lecteur. C'est le feuilleton avec Théâtre Ouvert, ses espoirs, ses déceptions, ses rebondissements. Le feuilleton de sa maladie, sept années de doute, de lutte et de courage. Le feuilleton de ses mises en scène, ses succès comme ses échecs désespérants. C'est surtout le feuilleton de son écriture, de ses interrogations permanentes sur sa capacité à devenir un écrivain.
    F. B.

    Lagarce, le style fait l'homme.
    Soirée magique que cette Ebauche d'un portrait de Jean-Luc Lagarce à Théâtre ouvert. Jean-Luc Lagarce, oui, encore et encore. De pièce en pièce, de J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne à Juste la fin du monde (que l'on peut voir à la Comédie-Française dans la belle mise en scène de Michel Raskine), l'auteur, mort en 1995 à 38 ans, s'est peu à peu imposé à l'égal d'un Tchekhov contemporain.

    Mais à Théâtre ouvert, c'est encore un autre choc, une autre découverte : celle du Journal que Lagarce a tenu inlassablement de mars 1977 - il a 20 ans - à septembre 1995, quelques jours à peine avant sa disparition. Un peu comme quand, en France, on a découvert, bien après ses pièces, l'ensemble des nouvelles de Tchekhov, le Journal apporte un éclairage inappréciable sur le rapport au monde et à l'écriture de Jean-Luc Lagarce.

    C'est donc cet ensemble d'une incontestable qualité littéraire que François Berreur, ami et ayant droit de Jean-Luc Lagarce, publie aux éditions Les Solitaires intempestifs. Et qu'il porte au théâtre, en un travail formidablement émouvant, drôle et subtil.

    Ce qui frappe, d'abord, dans le prélèvement opéré dans la masse de ces notes sur les travaux et les jours, traversées par les échos du monde, c'est l'extraordinaire acuité du regard de Lagarce. Et la manière dont son rapport au monde, cette sorte d'élégance stoïque, se construit à travers l'écriture.

    C'est cela qui fait tout le prix - et le statut littéraire - de cet écrit intime. Un être, dans sa singularité, sa subjectivité, tisse dans l'écriture, en une sorte de vaste palimpseste, sa vie et sa mort, ses amours et sa maladie, cette maladie, le sida, qui dégrade à toute vitesse des corps jeunes et beaux.

    Il y a dans ces allers-retours entre l'écriture, la mort et la vie quelque chose de très troublant, presque dérangeant. En janvier 1981, bien avant de se savoir malade, Lagarce écrit : "Je ne cesse de me complaire depuis une semaine ou deux dans l'idée ô combien satisfaisante que je vais mourir lentement d'une maladie terrible (...). Mourir d'une longue maladie, à chaque moment, chaque instant, est-ce que cela ne suffirait pas à remplir ma vie, à me rendre intéressant à mes propres yeux..." Et en 1993 : "Je suis juste en train de mourir et je n'ai pas d'amour vers qui me tourner pour poser des questions." Et puis il y a les allers-retours entre l'intime et le monde : le procès Barbie, en 1987, dont il suit avec passion les comptes rendus de Sorj Chalandon dans Libération. Jeudi 18 juin, il écrit ceci : "Essayer de comprendre l'humain, tellement humain (trop ?)." Sa tendresse n'est jamais sentimentale, sa cruauté, qui peut être impitoyable, jamais mesquine. Lagarce ou l'art de la distance, c'est-à-dire du style. François Berreur et l'extraordinaire Laurent Poitrenaux en ont trouvé l'exacte traduction scénique. Le comédien n'incarne pas le personnage de Lagarce, bien qu'il soit entouré, sur le petit plateau du théâtre, par des objets ayant réellement appartenu à l'écrivain - ses livres, sa machine à écrire... Ce qu'il incarne, c'est sa langue, avec une précision, une élégance et une ironie toutes lagarciennes.
    Lagarce, Tchekhov, oui, décidément. Même travail de forçat sur le métier de vivre et d'écrire, même modestie orgueilleuse, même solitude peuplée d'amis et de fantômes.
    Et cela, aussi : ces "sortes de choses glissées entre deux phrases" - cette façon d'approcher l'indicible.

    Fabienne Darge, Le Monde, 26 mars 2008

  • Metteur en scène, Jean-Luc Lagarce rédigeait des notes d'intention pour présenter ses projets de mises en scène. Au-delà de leur aspect utilitaire, ces textes sont non seulement une vision dramaturgique du spectacle qu'il envisageait mais aussi une vision du monde, de son monde, que son écriture nous transmet comme un écho à ses propres pièces.

    Tous ces textes réunis dans le présent volume ont été écrits bien avant leur réalisation, parfois des années auparavant et certains resteront lettres mortes auprès de potentiels producteurs.

    Ils sont le témoin de l'histoire d'un désir de la scène mais aussi l'affirmation d'une écriture qui, au fil des années, peut paraître s'éloigner de son objet (décrire le projet) mais qui nous transmet, encore aujourd'hui, une pensée théâtrale originale sur laquelle le temps n'a pas de prise.


    Ces textes sont précédés d'un entretien inédit, réalisé par Jean-Michel Potiron, dans lequel Jean-Luc Lagarce évoque son travail de mise en scène et notamment la place essentielle de la dramaturgie et de la langue.

  • Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne [1993] Naître‚ ce n'est pas compliqué. Mourir‚ c'est très facile. Vivre‚ entre ces deux événements‚ ce n'est pas nécessairement impossible. Il n'est question que de suivre les règles et d'appliquer les principes pour s'en accommoder.

    Nous‚ les héros [1993] Après la représentation‚ on chante une fois encore‚ on joue de petits sketches idiots‚ on imite‚ on hurle de rire et parfois‚ aussi‚ on se laisse aller à la nostalgie. Ce soir‚ la fille aînée du directeur de la troupe se fiancera‚ dans les coulisses‚ avec le jeune premier.

    Nous‚ les héros (version sans le père) [1994] Cette pièce fut écrite par Lagarce pour les acteurs jouant dans sa mise en scène du Malade imaginaire. L'acteur devant jouer le rôle du père n'étant pas disponible‚ il a supprimé le personnage et réécrit la pièce.

    J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne [1994] Cinq femmes et un jeune homme enfin rentré à la maison‚ endormi paisiblement ou mourant. On lutte une fois encore‚ la dernière‚ à se partager les dépouilles de l'amour‚ on s'arrache la tendresse exclusive.

    Le Pays lointain [1995] L'histoire sans histoire d'un homme dans la France des vingt dernières années du xxe siècle‚ les rencontres‚ la famille‚ les amis‚ les amours fantasmées et vécues‚ le travail et les aventures.

  • Ils n'ont encore rien décidé. Un de ces petits jeunes hommes mélancoliques peut remplacer le vieux‚ être nommé à sa place ou intriguer habilement. Et le vieux peut aussi se succéder à lui-même. Tout cela peut n'être qu'une réunion préparatoire et tout peut se décider une autre fois. « Une autre fois » comme toujours. On ne sait pas. Et encore‚ rien ne doit être écarté‚ aucune éventualité‚ et encore : rien‚ la vie peut continuer ainsi.

    « Car sitôt que l'imagination s'arrête‚ l'esprit ne marche plus qu'à l'aide du discours. » C'est par cette phrase en exergue de Jean-Jacques Rousseau que Jean-Luc Lagarce ouvre cette pièce sur le pouvoir‚ avec l'idée de raconter un conseil d'administration. Projet peu raisonnable puisqu'en ces temps difficiles pour la création de textes contemporains‚ il décide qu'il y aura 17 personnages. Les comités de lecture refusent sa pièce. En 1988‚ il la reprend ; elle deviendra Les Prétendants‚ avec le succès que l'on sait en 2001 dans la mise en scène de Jean-Pierre Vincent au Théâtre de la Colline à Paris.
    Dans cette première version pas de « scène culturelle » mais un Gouverneur, un Directeur, des adjoints, une Responsable, bien sûr des maris et des femmes et un Envoyé du Gouvernement.

  • Jean-Luc Lagarce est un écrivain de théâtre, on le sait. Ce que l'on sait moins, c'est que l'écrivain Jean-Luc Lagarce a commencé son chemin d'écriture en étudiant la philosophie.
    Il s'agit pour lui de lire l'histoire du théâtre en Occident depuis sa formation grecque jusqu'aux dramaturgies contemporaines de l'après-guerre. Cette lecture est guidée par une intuition ancienne : comment les formes de théâtre négocient-elles avec l'expression du pouvoir politique ? Et qui préside aux règles de cette négociation ? Ceux qui créent le théâtre de la cité ou ceux qui dirigent la cité du théâtre ? Comment évoluent ces rapports incertains du théâtre et du pouvoir, au fil des siècles ? Lagarce reprend point par point ces questions. Dans une langue fine et critique, il nous emmène loin des poncifs mensongers des communicants de la scène institutionnelle à propos du lien naturel entre « l'art et la cité ».
    En lisant Théâtre et Pouvoir en Occident, on retrouve aussi sur le mode théorique, le programme qui appelle les marques futures de son écriture dramatique. Il cherche à poser la nécessité des questions qu'il va instruire dans son écriture théâtrale.
    Bruno Tackels

  • Et, comme un livre dans lequel on pourrait entrer, entrer dans l'histoire comme on pénétrerait plus avant sur le plateau, aller dans le roman comme on voyagerait en pensée dans les mots et les phrases, devenir des personnages, se mettre en parade, l'idée de l'enfance, comme on irait marcher dans sa propre imagination, en explorateur et metteur en scène de sa vie, on joue, et de jouer, on dit le vrai plus vrai que le vrai.
    Et quand viendra l'apaisement oú s'éteint le rêve et oú les morts se relèvent et les acteurs saluent, et quand viendra le calme des sentiments, lorsqu'ils reprendront leur cours, restera encore, comme une légère douleur, une petite mort, le souvenir de ce temps du faux, et l'espoir inavoué que cette nouvelle vie soit le début d'une nouvelle pièce encore, l'entrée dans un autre rêve, plus grand encore que les autres et les englobant tous, à l'infini, toujours.

    Ce livre présente l'ensemble des mises en scène réalisées par Jean-Luc Lagarce avec le Théâtre de la Roulotte durant son activité professionnelle.

  • C'est l'heure ultime pour partir‚ La cérémonie des adieux‚ Mais avant de te quitter‚ (Je dois maintenant mourir)‚ Écoute-moi un peu‚ Je voudrais seulement te dire, Ô‚ seulement te dire :
    Je vois doucement venir le jour‚ À l'heure de l'obscurité‚ Nous ne devons pas craindre le pire‚ Je t'emporte‚ mon seul amour‚ Tu es mon unique réalité.

    Livret écrit en 1989 pour un opéra jazz composé par Mike Westbrook‚ ce texte librement inspiré du dernier chapitre de Don Quichotte de Cervantès est aussi un hommage à l'univers de Jacques Demy.

  • Dans le pays lointain, pièce de jean-luc lagarce à laquelle ce volume est entièrement consacré, le pays natal, lieu de l'enfance et de la famille, est devenu lointain : le retour au pays marque la rupture avec le familier, et la difficulté à apprivoiser ce qui pourtant avait pu être si proche.
    C'est cette distance que les études ici réunies cherchent à questionner, à redoubler presque : leurs auteurs n'ont aucune proximité initiale ni avec l'oeuvre ni avec l'écrivain. l'écart entre ces " regards lointains " et la pièce est mis en jeu de façon multiple : se croisent des approches philosophiques, des interrogations éthiques et des analyses de la forme, ou de la dynamique de cette écriture théâtrale.
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  • Jean-Luc Lagarce se fait vidéaste et nous propose de le suivre dans son quotidien de créateur, d'homme aussi. L'oeuvre naît, explique Lagarce dans le texte qui ébauche son projet, du désir de revenir sur les jours qui ont suivi l'annonce de sa maladie. « Je suis allé boire un café comme je le ferais en d'autres circonstances et pour d'autres événements, mais, et c'est de cet instant-là que cela date, je regardai le Monde et ses habitants autrement. » Ses créations vidéo témoignent du regard que l'auteur pose alors sur sa vie, et la vie alentour.
    Outre la version préliminaire du projet, l'ouvrage propose le texte qui est la trame de Journal 1, ainsi qu'un entretien dans lequel il revient sur sa démarche et sur la réception du film.


    Inclus dans ce volume, un DVD des deux films suivants :

    Journal 1 (1992) 51 mn S'inspirant de la forme littéraire du journal, Jean-Luc Lagarce utilise la vidéo pour faire se confronter l'écrit, l'image et la voix, matières premières du récit au jour le jour de deux années de sa vie.

    Portrait (1993) 1 mn Une vie complète défile devant nous. À partir de photos personnelles, Jean-Luc Lagarce relève le pari fou de dresser son autoportrait en une minute. Il sera lauréat du festival du film court de São Paulo.

    Texte‚ image et réalisation : Jean-Luc Lagarce Montage : Patrick Zanoli Palette graphique : Lionel Bole Composition sonore : Gilles Marchési Production exécutive : Pierre Bongiovanni Direction de production : Catherine Derosier‚ assistée de Yasmina Desmoly Coproduction : Centre international de création vidéo Montbéliard-Belfort / Jean-Luc Lagarce © 2007, Les Solitaires Intempestifs, Editions

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